TEST – Remember Me : « Souviens-toi l’été dernier »

TEST---Remember-Me-Souviens-toi-l'été-dernier

Sommaire :
1 – Nilin Renault
2 – Ici, c’est Paris !
3 – Combôôôôôô !
4 – Trou de mémoire ?
5 – La Nilin dans la peau

1. Nilin Renault

À l’origine, il y avait un doux projet nommé Adrift. Tout d’abord exclusif à la PlayStation 3 – Sony Computer Entertainment chapeautait -, il connut quelques soucis d’ordre stratégique. Un géant japonais en cachant un autre, Capcom en a repris les rênes. Il le transforma en Remember Me et décida d’en faire un titre multiplateforme (après tout, la mémoire doit être accessible à tous).

Derrière Remember Me, se cache Dontnod Entertainment, un studio petit par la taille, mais grand par les ambitions, en l’occurrence celle de faire des AAA. Vous l’aurez compris, c’est avec le plein d’enthousiaste qu’il convient d’accompagner la jolie Nilin dans ses pérégrinations. Le plein d’indulgence aussi ?

Grâce à notre test complet, vous allez savoir si, oui ou non, Remember Me vaut la peine d’être vécu, en sachant que, de toute façon, il y a un film homonyme avec Robert Pattinson qui existe en DVD et Blu-ray. Soyons francs d’entrée, l’un n’est pas l’adaptation de l’autre. Et vice-versa. Tant pis pour les midinettes.

2. Ici, c’est Paris !

Ah Paris… ses ruelles typiques, son atmosphère romantique, ses restaurants gastronomiques… Tout ça, il faut, sans mauvais jeu de mots aucun, l’oublier… La faute à Memorize, une société tentaculaire ayant créé le Sensen, un implant neurologique permettant de synthétiser la mémoire, les émotions et la connaissance en données à échanger/vendre. Forcément, une telle tyrannie numérique a créé d’importantes disparités entre ceux ayant accepté l’infamie, et le confort de vie qu’ils en tirent, et les autres, lobotomisés et revenus au stade primitif. Dans ce Neo-Paris, Nilin, ancienne chasseuse d’élite, se réveille, amnésique… Aidée par le mystérieux Edge, chef d’un groupe de résistants, la belle échappe à une lobotomie et doit renverser l’ordre établi.

La balade se révèle agréable.

Avec son histoire que ne renierait pas le réalisateur Andrew Niccol (Bienvenue à Gattaca, The Truman Show, Time Out), Remember Me arbore un univers à l’identité très, très marquée. C’est d’ailleurs sa principale force, ayant pour incidence de plonger le joueur dans une ville divisée en strates, entre zones poisseuses, territoires des affreux Leakers, et paradis imaginaires, lieux où les riches se voilent la face, avec le sourire. En vulgarisant un peu, nous pourrions affirmer que Neo-Paris est l’équivalent vidéoludique du Los Angeles de Blade Runner (Ridley Scott, 1982), en un peu moins sombre. La comparaison avec ce monument pourrait paraître ambitieuse, mais elle est davantage soulignée par l’excellent travail des scénaristes, lesquels n’ont rien oublié en termes de conséquences sociales. C’était la condition sine qua non pour obtenir un résultat cohérent.

Au-delà de cette ambiance sombre et du récit de science-fiction d’anticipation exagérant l’essor des réseaux sociaux, il y a également la naissance d’une héroïne, la bien nommée Nilin. Car en mettant des mots sur les maux, elle trouve des réponses à ses propres questions, à sa propre existence. Les émotions, renforcées par une bande-son faisant fi de l’électro au profit de l’onirisme, sont donc bel et bien présentes dans ce monde de brutes. Une prouesse, eu égard au fait qu’en matière de SF, la froideur a très souvent la mainmise. C’est une nouvelle preuve que Remember Me a tout d’un grand, point de vue narration.

En revanche, techniquement parlant, le bébé de Dontnod Entertainment est loin d’en mettre plein la vue. La faute à des graphismes en deçà des standards (modélisation quelconque, aliasing, rendu loin d’être fin). Fort heureusement, cet aspect est contrebalancé par un travail artistique d’orfèvre (sacré character design, filtre granuleux apportant du cachet), une mise en scène servant la narration, une poignée d’effets réussis (les frères Lumières en seraient ravis) et une French Touch indéniable. En somme, la balade se révèle agréable.

3. Combôôôôôô !

Côté gameplay, Remember Me est un pur héritier des ténors du genre action/aventure de ces dernières années. Autrement dit, les phases d’escalade – impossible de s’y perdre – rappellent celles d’Assassin’s Creed, tandis que les rixes font penser aux pugilats des Batman Arkham, les contres en moins (la féline Nilin opte plutôt pour l’esquive). À cela s’ajoute quelques couacs dans la prise en mains (des sauts parfois approximatifs, une caméra pas toujours au top), et aussi, mais surtout, deux ingrédients inédits : le Combo Lab et le Memory Remix. Bizarrement, ces deux éléments portant des noms barbares n’ont pas pour objectif de dynamiter les débats. Bien au contraire.

L’intérêt du Combo Lab est double.

Grâce au Combo Lab, il est possible de se créer ses propres combinaisons de coups, en associant les touches selon quatre chaînes prédéfinies. Pour ce faire, vous disposez de ce que Dontnod Entertainment appelle les Pressen, en sachant qu’ils se débloquent en engrangeant des PMP (Points de Maîtrises Procédurales) et qu’ils sont de quatre types – Regen, Power, Cooldown et Chain. L’idée est d’opter pour une stratégie en adéquation avec la situation rencontrée et/ou votre style de jeu.

En outre, puisque le Combo Lab est accessible à tout moment, rien ne vous empêche de modifier vos associations en pleine joute, quitte à casser le tempo. Plus concrètement, si vous avez besoin de vie, il suffira de donner naissance à un combo rempli de Pressen Regen pour recouvrer sa santé. A contrario, pour faire plus de dégâts, il faudra faire appel aux Pressen Power. Bien sûr, Nilin possède également des superpouvoirs dévastateurs, les S-Pressen (utilisables grâce à la jauge de Focus). Elle en aura surtout besoin face aux boss, dont les face-à-face se font à l’ancienne (comprenez qu’il y a une technique à appliquer).

L’intérêt du Combo Lab est double : pimenter les rixes en offrant une nouvelle façon de les appréhender (s’adapter par l’expérimentation) et proposer une relative créativité à qui voudra. Si vous n’avez pas envie de passer des heures et des heures dans l’outil (afin de ne pas briser le tempo des joutes), rien ne vous empêche de composer avec la même palette de mouvements, du début à la fin. Dontnod Entertainment n’a pas pour objectif de faire perdre du temps, juste d’en passer suffisamment pour se forger une prise en main en adéquation avec ce que vous êtes.

4. Trou de mémoire ?

Plus exotique et originale cette fois, l’héroïne a la faculté de modifier les souvenirs de ceux qu’elle croise. C’est précisément là où le Memory Remix intervient, à la fin de certains niveaux. Pour faire simple, il s’agit de cinématiques interactives, au sein desquelles la tâche est de dénicher des failles mémorielles pour modifier le cours des événements (exemple : faire tuer quelqu’un) et, par extension, la personnalité de la cible visée et le présent/futur. L’approche se veut didactique et pragmatique, de par de fausses pistes à tester avant de trouver la solution voulue par l’intrigue (il n’y en a qu’une à chaque fois). Compliqué en apparence et lors des premiers essais, le Memory Remix est finalement assez simple à maîtriser.

Une expérience riche, à défaut d’être complètement transcendante manette en mains.

Parce que Remember Me est une aventure assurément – et volontairement – dirigiste (ce qui n’est pas rédhibitoire compte tenu du voyage narratif imaginé), ses huit chapitres se terminent assez vite. En tout et pour tout, comptez entre 7 et 8 heures pour voir l’épilogue. Ce sont 7/8 heures durant lesquelles les bonnes idées ne manquent pas, notamment en ce qui concerne le bestiaire, varié au possible. Entre les robots, les humains et les Leapers, il n’y a pas matière à s’ennuyer, surtout que certains requièrent une stratégie particulière pour en venir à bout (exemple : ceux qui font diminuer la barre de vie en les touchant). Un prétexte pour naviguer dans le Combo Lab, soit dit en passant…

Ajoutez à cela quelques énigmes bien senties çà et là (faites chauffer la matière grise) et vous obtiendrez une expérience riche, à défaut d’être complètement transcendante manette en mains (manque d’un soupçon de challenge, même en difficile). Bien évidemment, la rejouabilité est quasi nulle, même s’il y a quelques objets à ramasser et des bugs du Memory Remix à dénicher pour atteindre les 100 % et dire adieu une bonne fois pour toutes à Nilin. Enfin, qui sait, la porte reste toujours ouverte.

5. La Nilin dans la peau

En conclusion, Remember Me est une œuvre dans laquelle ses créateurs ont mis le maximum, malgré quelques maladresses inhérentes aux premières fois (tout le monde en a connu, en connaît et en connaîtra). Tantôt surprenant, tantôt lisse, le jeu de Dontnod Entertainment marque les esprits, moins par son gameplay que par son histoire et sa narration poussée à l’extrême.

Assez courte, l’aventure tend à prendre le joueur par la main pour l’emmener dans un Paris du futur, un futur pas si lointain d’ailleurs, eu égard à ce que la société est en train de devenir à cause du pouvoir grandissant des réseaux sociaux. Semé d’embûches, le parcours de Nilin ne demande qu’à être conclu, ne serait-ce que pour découvrir comment la Liberté avec un grand L a pu être bafouée. Avec un tel niveau de lecture, Remember Me se découvre plus qu’il ne se joue.

De toute façon, Nilin est le reflet de tout un chacun : elle aspire à rester dans les mémoires, à ce que nul n’oublie pourquoi elle est là, quitte à forcer un peu le verrou. Mais sans buzz, la fête est plus folle.

Les plus

  • Un univers travaillé
  • Une histoire profonde et touchante
  • Quelques bonnes idées (le Memory Remix, notamment)
  • Nilin
Les moins

  • Un peu court
  • Le Combo Lab, machine à casser le tempo
  • Manque de challenge
  • Graphismes peu reluisants
Notation :

  • Graphisme
    14/20
  • Bande son
    17/20
  • Jouabilité
    15/20
  • Durée de vie
    13/20
  • Scénario
    18/20
  • Note générale
    15/20